A quoi servent les petites phrases d’Emmanuel Macron ? – Philippe Moreau Chevrolet dans 20 Minutes 20 minutes

  • Rédigé par Laure Cometti
  • le 20/09/2015
  • dans 20 Minutes

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron multiplie les « sorties de route », en taclant des thèmes chers à la gauche : les 35 heures y sont passées, Syriza aussi, et, plus récemment, le statut de la fonction publique. Et comme toujours, le ministre de l’Economie est (de plus en plus) rapidement recadré par François Hollande,tandis qu’une partie de la gauche le vilipende.

 

Une « macronade » de plus ?

 

Pour Philippe J. Maarek, professeur des universités en communication politique*, les « petites phrases » du ministre s’inscrivent dans stratégie devenue systématique en communication politique. « On lance une idée, comme une bouteille à la mer, pour voir quels échos elle provoque ». Pourquoi ? « Tant qu’une idée n’est pas lancée, on ne peut jauger sa popularité ». Ce procédé permet de « tenter une ouverture et de sonder l’opinion publique ».

Dans le cas des « macronades », comme les a baptisées Julien Dray (PS), il s’agit de proposer des idées libérales qui ne sont pas inscrites dans l’ADN du PS mais qui séduisent son aile droite. « L’homme politique est tellement à l’écoute de l’opinion publique qu’il fait de la communication politique à l’envers pour se décider à tenter une action, plutôt que d’endosser la responsabilité de la décision politique ».

 

Un ministre « marionnette»?

 

Après les propos d’Emmanuel Macron sur le statut de fonctionnaire, certains frondeurs se sont empressés de rappeler qu’Arnaud Montebourg avait été renvoyé du gouvernement pour moins que cela. Un argument qui tendrait à prouver que l’exécutif approuve les tentatives d’ouverture lancées par le ministre. De là à affirmer qu’il les pilote, il n’y a qu’un pas, que la sénatrice écologiste Esther Benbassa a franchi, qualifiant le ministre de « marionnette » d’un gouvernement « ventriloque ».

Mais la tiédeur des recadrages tient davantage à la relation de confiance entre le ministre et François Hollande, estime Philippe Maarek. « Macron a une bonne cote de popularité, l’exécutif ne peut pas le désavouer pour ses propos », renchérit Philippe Moreau-Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication pour les dirigeants MCBG.

 

Stratégie personnelle ou pilotage de l’Elysée ?

 

S’agit-il alors d’une initiative personnelle du ministre qui expérimente la popularité de ses idées, en vue des élections législatives de 2017 ? Ou bien ces « macronades » sont-elles commanditées par l’Elysée ? « Les deux options sont crédibles, mais il peut très bien s’agir d’une combinaison des deux », juge Philippe Maarek.

Philippe Moreau-Chevrolet penche davantage pour une stratégie personnelle. « Cette communication quasi autonome lui assure son propre espace médiatique et politique ». Il doute que François Hollande pilote ce manège. « C’est bien trop risqué. Les propos d’Emmanuel Macron vont avoir un coût politique lors des élections régionales. Et la réaction de panique de son cabinet laisse penser qu’il s’agit d’une maladresse, poursuit-il. Emmanuel Macron est novice en politique, on dirait qu’il tente de faire des coups médiatiques, avec plus ou moins d’habileté, au risque de donner parfois le sentiment de jouer contre son camp ».

Les « macronades » sont toutefois utiles à François Hollande en vue de gagner des soutiens au centre à droite pour la présidentielle de 2017, estime Philippe Moreau-Chevrolet. « Mais ce n’est pas le bon timing ».

 

*auteur de Communication et marketing de l’homme politique (Lexis Nexis, quatrième édition, 2014)

 

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