Cinq questions sur la victoire des Bleus et la communication d’Emmanuel Macron

  • Rédigé par L.O
  • le 17/07/2018
  • dans Planet.fr

Emmanuel Macron est très présent sur les images depuis la victoire des Bleus. Décryptage avec Philippe Moreau-Chevrolet, dirigeant de MCBG et professeur de communication politique à Science Po.

Planet : Plutôt discret pendant la compétition, Emmanuel Macron l’est beaucoup moins depuis la victoire de la France. Pourquoi un tel changement ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Pendant ce mondial, Emmanuel Macron a eu deux problèmes. Le premier c’était de se rendre en Russie dans un contexte tendu avec Vladimir Poutine. Par exemple après l’affaire Skripal, Theresa May, la Première ministre britannique a décidé de boycotter le jeu. Emmanuel Macron ne pouvait donc pas se rendre en Russie avant qu’un événement ne le justifie, un événement comme la demi-finale et la finale.

Le deuxième problème c’était qu’il ne fallait pas donner l’impression de récupérer la compétition, qui par ailleurs n’était pas gagnée. C’est pour cela qu’il s’est peu exprimé avant.

 

Planet : Depuis dimanche soir, il y a profusion d’images du président avec les Bleus. Que pensez-vous de cette image d’Emmanuel Macron dans les tribunes, au moment du premier but de l’équipe de France ? 

Philippe Moreau-Chevrolet : Il n’y a aucun moyen de savoir s’il s’agissait d’une mise en scène. Après tout Emmanuel Macron est un supporter de foot, il l’a toujours dit. En revanche, d’une manière générale, le président communique en permanence et il a un style très théâtral avec un côté exagéré qui n’est pas complètement naturel.

La question de la spontanéité avec cette photo illustre le problème de fond d’Emmanuel Macron : il n’arrive pas à paraître complètement authentique. Il est constamment dans quelque chose de l’ordre de la « fausse intimité volée », du « faux off ». En cela, c’est difficile de savoir quand il est sincère.

 

Planet : Dans les vestiaires, les scènes entre Emmanuel Macron et les joueurs avaient également un caractère inédit.

Philippe Moreau-Chevrolet : Oui c’est un gros changement par rapport à 1998. Quand les joueurs de foot diffusent des images sur les réseaux sociaux, ils assurent la médiatisation de l’événement. Emmanuel Macron perd le contrôle de sa communication, et c’est ce qui lui arrive de mieux parce que les joueurs apportent quelque chose de frais, il apparaît plus naturel. Cela tranche avec sa communication largement verrouillée. 

Planet : Et pourtant, parmi les images de cette finale, on retient aussi celles où Emmanuel Macron est avec les joueurs, sur le terrain aussi. Il a pour eux une embrassade presque paternelle.

Philippe Moreau-Chevrolet : Oui c’est vrai, c’est provoqué notamment par l’estrade sur laquelle se situaient les responsables politiques. Emmanuel Macron surplombe les joueurs qui viennent presque lui rendre hommage, c’est puissant. C’est une communication en partie calquée sur celle de Chirac en 98, souvenez-vous quand il avait embrassé le crâne de Fabien Barthes.

Emmanuel Macron a appris de l’événement d’il y a 20 ans et il s’était préparé, il savait qu’il serait filmé et photographié. Cette dichotomie entre les deux postures, est très claire dans la communication du président en général. Il hésite entre une version plus moderne où Emmanuel Macron fait partie de l’équipe, et celle où il est au-dessus dans une posture plus jupitérienne-petit père. Il peut jouer sur ces deux tableaux parce qu’il est jeune.

 

Planet : Quels sont les risques d’une telle communication ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Le risque c’est que les Bleus ont passé beaucoup de temps avec Emmanuel Macron et donc moins de temps sur les Champs-Elysées et au Crillon, où ils étaient attendus par les supporters. Il peut y avoir un effet de saturation d’images du président alors que ce n’est pas un événement politique et ça, les Français savent très bien le voir.

Sur le court terme, c’est aussi une belle chance pour Emmanuel Macron parce que c’est son premier moment de communion avec les Français en dehors des élections. Il devient un président populaire et nons plus le « président des riches ». Je dis « chance » parce que cette victoire arrive à un moment où l’exécutif commençait à dévisser dans les sondages. Sur le long-terme, les enquêtes ont montré qu’il n’y avait pas d’impact. Et les Français l’ont appris également, après l’effet Black-blanc-beur de 1998, il y a eu 2002.


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