Départ de Hulot : «Démissionner au débotté en plein direct, c’est du jamais vu !» 3

  • Rédigé par Benoit Daragon
  • le 28/08/2018
  • dans La Parisien.fr

Un spécialiste de la communication politique décrypte la sortie spectaculaire de Nicolas Hulot.

 

« Vous êtes sérieux, là ? » Après un blanc de quelques microsecondes, Léa Salamé réagit aux mots que vient de prononcer Nicolas Hulot en direct ce mardi matin sur France Inter. « Je prends la décision de quitter le gouvernement », vient de lâcher le ministre de la Transition écologique et solidaire dans le Grand Entretien.

« Je tiens à préciser que vous ne nous l’aviez absolument pas dit avant d’entrer dans ce studio. Bien au contraire », finit par se reprendre la journaliste, dont le visage stupéfait amuse largement la twittosphère depuis la diffusion du replay. « On le découvre », renchérit Nicolas Demorand, à la tête de cette matinale de Radio France.

«C’était un moment de grâce »

Dans une vidéo diffusée ce mardi à midi par les deux journalistes, Léa Salamé dit avoir vécu «sans doute le moment le plus fort de radio, le moment de la surprise. Le truc n’est pas verrouillé. C’est totalement sincère .» Elle définit : «C’était un moment de grâce, unique.»

«On avait senti une colère froide. Mais à aucun moment, on n’a senti qu’il allait nous annoncer sa démission ». Mais les deux journalistes lui posent tout de même la question. «On voit un Nicolas Hulot qui est au bord des larmes, sa voix est sourde, son visage est fermé.»

Interrogé par Le Parisien, le journaliste politique de France Inter Thomas Legrand retrace : «Avant de rentrer dans le studio, Léa Salamé et moi avons discuté brièvement avec lui en prenant un café. Il nous a parlé de la réunion de la veille à l’Elysée avec les chasseurs. Il était en colère car le lobbyiste, Thierry Coste, était là. Il lui à dit que sa présence n’était pas souhaitée. Hulot a demandé des explications à Emmanuel Macron qui lui a dit qu’il ne savait pas pourquoi Thierry Coste était là. Bref, Nicolas Hulot qui d’habitude est combatif était triste. »

L’éditorialiste politique raconte également avoir revu le ministre juste après son annonce : « Après l’interview il m’a dit qu’il n’avait pas prévu d’annoncer sa démission. Il avait décidé de démissionner, mais pas de l’annoncer. (…) D’ailleurs, il dit qu’il n’en a pas parlé à Edouard Philippe, de peur qu’il le persuade à nouveau de rester. Ce n’était pas prémédité mais un moment de vérité. »

En coulisses, c’est la stupeur, relate encore le journaliste : « En régie, où d’habitude il y a toujours du bruit, il y avait un silence de mort. Ils étaient scotchés devant ce moment de vérité. Son collaborateur n’a pas répondu quand on lui a demandé s’il était au courant. Il était défait, lui aussi. »

« Il était devenu prisonnier du gouvernement »

« A ma connaissance, un ministre qui démissionne au débotté en plein direct radio, c’est une première de la Ve République », commente Philippe Moreau Chevrolet. Mais pour ce spécialiste de la communication politique, le « coup » de Nicolas Hulot n’est pas une surprise. « C’est un ministre flamboyant, incontrôlable, un ministre diva », décrit cet expert qui n’hésite pas à comparer l’écologiste à Jean-Pierre Chevènement pour « sa relation directe avec le peuple » et « sa liberté ». En 1991, celui qui était alors ministre de la Défense, en pleine guerre du Golfe surprend lorsqu’il ne se présente pas à un point presse prévu à l’agenda. Il était en fait en pleine démission.

« Lorsqu’on nomme ce genre de ministre, on passe plus de temps à se questionner sur leur départ que sur leur action. »

Lorsqu’Ebdo avait révélé des accusations de viol, « l’Elysée l’avait soutenu et il était devenu prisonnier du gouvernement. Il ne pouvait plus parler », assure Philippe Moreau Chevrolet. Le magazine révélait que le ministre avait fait l’objet de deux plaintes pour harcèlement et violences sexuelles. Dans la première affaire, la «plaignante » avait démenti, la seconde affaire était prescrite.

Démissionner en direct à la radio sans prévenir Emmanuel Macron, ni le gouvernement? Pour le communicant, la question du manque de courtoisie ne se pose même pas : « Il a donné une gifle au pouvoir et torpillé la rentrée politique. »


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