DPDA déprogrammé : Marine Le Pen vainqueur par forfait… le sien ! Philippe Moreau Chevrolet pour Atlantico.fr

  • Rédigé par Philippe Moreau Chevrolet
  • le 30/10/2015
  • dans Atlantico.fr

Annulation de la venue de Marine Le Pen sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes : Marine Le Pen ne combat pas mais remporte la victoire.

Atlantico : Les leaders du Parti socialiste et des Républicains ont dénoncés avec virulence ces derniers jours la surmédiatisation dont ferait l’objet Marine Le Pen. Jeudi 22 octobre au soir, elle a renoncé à se présenter à l’émission Des paroles et des actes, renonçant par là à une forte audience. Est-ce une victoire pour Jean-Christophe Cambadélis et Nicolas Sarkozy ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Il y a plusieurs questions dans votre question. La première qu’il faut se poser c’est : est-ce que Marine Le Pen fait l’objet d’une surmédiatisation ? Les chiffres qui ont été fournis par France 2 et par toutes les chaînes d’information montrent en réalité que Marine Le Pen ne bénéficie pas d’une surmédiatisation. Elle bénéficie d’une médiatisation normale par rapport au poids politique du Front national. L’argument qui est donné par France 2 est de dire qu’effectivement elle est souvent invitée, mais elle est la seule figure du Front national à être souvent invitée sur Des paroles et des actes.

Du côté des Républicains ou du Parti Socialiste, ce sont plusieurs figures qui se succèdent dans l’émission, ce qui ne donne pas cette impression de répétition et de voir toujours la même personne. Cependant, l’équilibre de temps de parole entre les formations politiques est respecté. C’est donc un mauvais procès qu’on fait à l’audiovisuel de dire que Marine Le Pen est surmédiatisé. Quand on regarde les chiffres on voit que c’est une erreur.

Pour ce qui est du but recherché en attaquant Marine Le Pen sur ce sujet, il n’est pas le même pour Nicolas Sarkozy et pour Jean-Christophe Cambadélis. Jean-Christophe Cambadélis quand il cherche à attaquer le Front national est en fait dans la logique qui est celle du Parti socialiste pour 2017 et qui est d’essayer de réduire le débat politique à un affrontement entre le Parti socialiste et Marine Le Pen, de manière à court-circuiter la droite, à la faire disparaître du paysage politique. C’est la stratégie mitterrandienne des années 80. Il est surprenant que Nicolas Sarkozy soit rentré dans ce jeu-là. On peut dire qu’il s’est fait quelque peu piéger par Jean-Christophe Cambadélis. Il n’a pas vraiment eu le choix car il a craint de se voir accusé de cautionner le Front national. Par ailleurs il est important pour lui de monter qu’il est différent de ce parti. Cela prouve, si c’était nécessaire, que Cambadélis est un excellent tacticien. C’était un piège car, autant le Parti socialiste a intérêt à cliver directement avec Marine Le Pen, autant les Républicains ont intérêt à rester dans le jeu et à continuer à exister. Or là, quel est le bilan de l’opération ? C’est que Marine Le Pen a réussi à faire parler d’elle, à avoir une audience, sans même avoir besoin d’aller sur Des paroles et des actes. Elle a remporté une victoire sans combat. La deuxième victoire pour elle c’est qu’elle n’a même plus besoin de défendre son slogan favori « UMPS », il se défend tout seul.

Depuis trente ans le Front national gagne sans combattre. Il n’a pas besoin de se battre, ce sont les autres partis qui font sa publicité en le diabolisant. Cette logique-là ne fonctionne pas, et pourtant on continue à l’appliquer. Le chef du Parti socialiste, le Premier ministre et même le chef de l’opposition, Nicolas Sarkozy, rentrent dans cette logique de diabolisation, qui a pour effet de médiatiser le Front national. Ils sont tous dans une logique de court terme. Ils pensent que leur seule chance de gagner en 2017 c’est de se retrouver face au Front national. La droite est coincée car le Front national est une vraie menace pour elle mais quelle n’a pas d’autre choix que de le condamner.

Pourquoi Marine Le Pen tire autant bénéfice de cette confrontation directe avec les médias ?

Taper sur les médias en France est une manière de montrer qu’on est indépendant et différent. C’était la stratégie de François Bayrou en 2007. Il s’est violemment disputé avec Claire Chazal sur le plateau de TF1. Il avait fait une véritable campagne anti-médias. Être contre les médias c’est être contre les élites. Or il y a un sentiment de défiance à l’égard des élites. Donc la position de Marine Le Pen est idéale : elle passe tout le temps dans les médias et en même temps elle ne cesse de les critiquer. Le fait qu’on essaye de lui empêcher l’accès aux médias lui donne une position de victime de l’élite. Alors qu’elle-même est une héritière, elle est richissime, elle fait partie de l’élite. Mais on lui donne la possibilité de dire qu’elle est du côté du peuple, des petites gens, contre les élites.

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