France : « Avec sa démission, Nicolas Hulot met Macron K.O debout »

  • Rédigé par Malik Miktar
  • le 28/08/2018
  • dans Tv5 monde

« Je ne veux plus me mentir. Je prends la décision de quitter le gouvernement ». Ce mardi 28 août 2018 restera dans les annales de la politique française. Pour la première fois, un ministre a annoncé, en direct, dans un média, sa démission du gouvernement et cela, comme sur un coup de tête. Nicolas Hulot, “prise de guerre” d’Emmanuel Macron a, malgré lui, été à l’origine d’un acte politique inédit. Retour sur une déclaration historique.

« C’est une plaisanterie ? ». Malaise sur le plateau de Radio classique, où Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes, apprend, ébahie, la démission choc de son collègue ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot.

Une annonce faîte sur la radio France inter qui laisse les deux intervieweurs, Léa Salamé et Nicolas Demorand sans voix, tant elle est inopinée. Un séisme politique qui laissera certainement des traces, mais surtout, une nouvelle façon de communiquer, car jamais un ministre n’avait agi de la sorte dans l’histoire de la Vème République.

Un moment historique

« C’est la première fois qu’un ministre démissionne comme cela dans un média. Sans prévenir le Président. C’est un moment historique », relève Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à SciencesPo. Une première, qui, selon lui, va faire jurisprudence dans la façon de communiquer : « Désormais, les ministres pourront tenter de sauver leur intégrité en allant dans les médias et en démissionnant en direct. Cela peut devenir une pratique courante », déclare-t-il.

Si les témoignages sur la préméditation de cette sortie de Nicolas Hulot divergent, Philippe Moreau-Chevrolet en est convaincu : « Si le ministre avait envie de démissionner, le timing est totalement improvisé et sincère ». Selon lui, « Nicolas Hulot salissait son image en restant au gouvernement ».

« K.O debout »

Une interview dont l’effet risque d’être durable et d’abîmer le quinquennat d’Emmanuel Macron : « Le soufflet ne retombera pas. Le gouvernement sort d’une très mauvaise séquence avec l’affaire Benalla. Nicolas Hulot sabote en quelque sorte la rentrée politique d’Emmanuel Macron qui devait se concentrer sur l’action et les réformes. Je pense que l’on peut dire qu’Hulot a mis Macron K.O debout », nous confie Philippe Moreau-Chevrolet.

Des traces durables certes, mais aussi un effet immédiat. Qui va bien pouvoir remplacer Nicolas Hulot ? Pour le communicant, le Président de la République va devoir donner à manger « à une aile gauche qui existe, mais qu’il contente peu depuis le début de son quinquennat. Ou alors, Emmanuel Macron va devoir faire un choix simple et assumer sa tendance à être plutôt de droite ».

Edouard Philippe a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’il proposerait rapidement des noms à Emmanuel Macron. Mais le changement « poste pour poste » comme on le dit dans le jargon footballistique, n’est pas la seule possibilité. Certains membres de l’exécutif, en difficulté, pourraient faire les frais d’un remaniement plus important.

L’Elysée devra vite prendre une décision et ce n’est pas dans les habitudes d’Emmanuel Macron qui n’aime pas agir dans la précipitation.

Une communication sens dessus dessous

En accusant nommément Edouard Philippe et Emmanuel Macron de ne pas avoir respecté leurs engagements, Nicolas Hulot a semé la panique dans la communication gouvernementale. Une communication de crise qui s’est faite en trois temps : premièrement, la surprise, avec la réaction de Marlène Schiappa. Vient ensuite l’accusation de « manque de courtoisie » de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, sur RMC, puis le communiqué de l’Elysée et l’intervention d’Edouard Philippe, qui saluent l’action de Nicolas Hulot… Cette même action que le principal concerné a pourtant minimisée voire discréditée plus tôt.
« Cette communication de crise montre que l’Elysée n’était pas prêt et qu’ils partent dans tous les sens », nous assure Philippe Moreau-Chevrolet. Le communicant trouve que « le gouvernement n’a pas trouvé la bonne réponse » face à un tel événement.

Il va même plus loin : « Ils devraient peut-être s’inspirer de Trump qui, lui, a totalement assumé qu’à court terme l’économie passait avant les enjeux écologiques. Cela viendrait peut-être endiguer l’ambiguïté dont Emmanuel Macron est souvent accusé », insiste-t-il.

Un baroud d’honneur pour Nicolas Hulot ?

A l’occasion de sa démission, le désormais ex-ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, a annoncé son retrait de la vie politique. Une vie qui aura été bien courte.

Mais va-t-il pour autant cesser toute activité politique ? Si l’on en croit Philippe Moreau-Chevrolet, la réponse est non : « Il va certainement arrêter l’investissement politique direct qui lui coûte bien trop cher, mais il va continuer à faire de la politique. Il est l’une des personnalités politiques les plus populaires de France et à ce titre, il ne pourra pas s’arrêter là-dessus. Il continuera à faire de la pression sur les politiques, à sa manière, c’est-à-dire en ne cédant pas aux sirènes de ceux qui voudront en faire un homme politique actif », affirme-t-il.


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