La gestion de l’affaire Benalla par l’Élysée ? « De l’amateurisme », juge un spécialiste de communication politique

  • Rédigé par Anaïs Huet
  • le 19/07/2018
  • dans Europe 1

Les images montrant un collaborateur d’Emmanuel Macron frappant un manifestant le 1er mai à Paris mettent l’Élysée dans le plus grand embarras.

L’AVIS DEJusqu’ici, Emmanuel Macron s’est bien gardé de communiquer sur l’affaire Alexandre Benalla. Ce collaborateur de l’Élysée, en charge de sa sécurité pendant la campagne présidentielle, a été filmé en train de frapper un manifestant à terre, le 1er mai dernier, en plein cœur de Paris. Une vidéo devenue virale depuis la publication d’un article du Monde mercredi. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire, notamment pour « violences par personne chargée d’une mission de service public » et « usurpation de fonctions ».

« Incompréhensible de tomber là-dedans ». Pour Emmanuel Macron en effet, la séquence est « catastrophique », estime Philippe Moreau-Chevrolet, président de MCBG Conseil et professeur de communication politique à Sciences-Po Paris. Invité du débat d’Europe 1 jeudi midi, il s’étonne de la piètre méthode employée par l’Élysée pour sortir de ce bourbier. « On sort d’une séquence extraordinaire de Coupe du monde qui a été plutôt bien gérée. C’est incompréhensible de tomber là-dedans », juge-t-il. Pour le spécialiste, l’erreur commise par le Palais, c’est « de ne pas avoir informé la justice » des méfaits d’Alexandre Benalla, « sachant que de toute façon, l’information risquait de sortir ».

« Une grenade dégoupillée ». « Ce qui a changé par rapport aux années précédentes, c’est qu’aujourd’hui, tout sort. Alors la transparence s’impose. Ils avaient une grenade dégoupillée qui risquait d’exploser, tôt ou tard. Et ça s’est produit au pire moment », avance Philippe Moreau-Chevrolet. Cette période post-sacre des Bleus « devait être un moment de communion de la population avec le chef de l’État. On ne devait pas avoir d’accrocs », observe le professeur de communication politique. Pour lui, à ce niveau de fonction, c’est tout bonnement « de l’amateurisme ».

ENTENDU SUR EUROPE 1
C’est comme dans l’affaire Fillon, il faut avoir les bons réflexes tout de suite

L’opposition s’en donne à cœur joie. Cette affaire, et sa couverture supposée par l’Élysée, est vue depuis l’étranger comme « surréaliste », note Philippe Moreau-Chevrolet, qui signale que la BBC ou la presse allemande en font leurs gros titres. Mais surtout, en France, c’est l’opposition qui s’en frotte les mains. « On a d’un seul coup un réveil de toutes les oppositions politiques. La gauche se dit : ‘tiens, on a un os à ronger pour les prochaines élections municipales et les européennes' », poursuit le spécialiste.

Comment sortir de la crise ? Alors pour ne pas s’enliser dans la polémique, « Emmanuel Macron doit agir rapidement », avertit Philippe Moreau-Chevrolet. Oui, mais comment ? « C’est comme dans l’affaire Fillon, il faut avoir les bons réflexes tout de suite. La seule voie de sortie, c’est de faire partir ces gens le temps que l’instruction se fasse », commence le spécialiste. Deuxième étape : « On trouve ce qui a dysfonctionné à l’Élysée, et qui a permis que l’on couvre ces événements au lieu de les dénoncer à la justice ». « Il y aura probablement un remaniement de cabinet à faire », ajoute le professeur à Sciences-Po. Enfin et surtout, « on explique que le chef de l’État n’était pas au courant, ce qui semble être le cas. On n’imagine pas qu’Emmanuel Macron ait couvert personnellement ces événements. Mais il va falloir dire tout ça », prévient-il.

Avant de conclure : « On a tellement attendu avant d’avoir le bon geste, que plus on attend, plus on le paiera cher ».


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