PLACÉ, MÉLENCHON, NKM: POURQUOI LES POLITIQUES SE LIVRENT-ILS À «CLOSER» ? – PHILIPPE MOREAU CHEVROLET POUR 20 MINUTES 20 minutes

  • Rédigé par Anissa Boumediene
  • le 07/08/2015
  • dans 20 MINUTES

Tirée à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, la presse people offre aux politiques une visibilité tentante…

Avant, le top du top pour un politique, c’était d’accorder un entretien à un journal sérieux lu par des gens sérieux. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, la nouvelle tendance chez les députés, ex-ministres et autres cadres de partis, c’est de se dévoiler dans la presse people, à l’instar de Jean-Vincent Placé dans « la grande interview » du dernier numéro de Closer, le magazine qui a révélé l’histoire de François Hollande et Julie Gayet. Jean-Luc Mélenchon a ouvert la voie, suivi de Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Lemaire. Mais qu’ont-ils à gagner en prenant la parole dans les pages d’un magazine people ? Y aura-t-il un retour de bâton ? 20 Minutes fait le point.

« Incontournable »
C’est l’incontournable de l’été. Il n’y a qu’à voir : presque tout le monde dégaine son magazine people à la plage. « L’été, c’est le moment où les lecteurs et électeurs sont plus disponibles. Lire ces interviews politiques dans la presse people est pour eux une manière ludique et légère de consommer la politique, et ceux qui acceptent d’accorder ces entretiens l’ont bien compris », analyse Philippe Moreau-Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication pour les dirigeants MCBG.

Avec 320.000 exemplaires vendus chaque semaine, plus un bond de 20 % de ses ventes l’été, Closer a de quoi séduire les politiques en quête de visibilité. Et ce n’est pas Jean-Vincent Placé, dont le livre Pourquoi pas moi ! (Plon) s’est péniblement écoulé à 326 exemplaires deux mois après sa sortie, qui dira le contraire. « Je n’ai pas du tout d’aversion vis-à-vis de la presse dite people. Ils ont même le mérite de la franchise par rapport au reste de la presse. Et moi, j’aime la franchise », répond le sénateur EELV de l’Essonne à 20 Minutes.

Entre hypocrisie et pragmatisme
Si les politiques en campagne se mettent depuis longtemps en scène dans la presse people pour conquérir l’opinion, « la nouveauté, c’est de le faire hors campagne électorale et dans les pages de Closer plutôt que dans celles de VSD ou Paris Match », note l’expert en communication. Pourtant, en janvier 2014, au moment de la publication par le magazine des photos volées du président rendant visite à Julie Gayet en scooter, la classe politique condamne unanimement la manœuvre.

« Ça montre bien l’hypocrisie de la classe politique française. Désormais, pour elle, il n’est plus question de presse noble ou de presse de caniveau. Tous les médias comptent ». Pragmatiques, ces personnages politiques sérieux qui ambitionnent de diriger leur famille politique, voire le pays, trouvent là un moyen de montrer une image plus chaleureuse, une facette différente de leur personnalité. « C’est là qu’on réalise le côté suranné des conférences de presse de François Hollande à l’Elysée. Si les Français aiment Le Petit Journal et la presse people, c’est aux politiques de s’adapter à eux, pas l’inverse », estime Philippe Moreau-Chevrolet.

Gare au retour de bâton
Mais gare au retour de bâton. « Demain, ces politiques ne pourront pas se plaindre si des photos volées d’eux sont publiées. Ils ont accepté de renoncer à leur vie privée », avertit Philippe Moreau-Chevrolet. Pour tirer profit de cet exercice, « il faut savoir poser des limites, poursuit-il. Jean-Luc Mélenchon, maître de la communication, s’en est sorti avec brio, tout comme NKM, qui a déjà pratiqué la presse people, ou Bruno Lemaire, qui casse son image un peu distante ».

S’agissant de Jean-Vincent Placé, qui évoque sa « très belle relation » avec Cécile Duflot, Philippe Moreau-Chevrolet est plus critique. « Il est dans une quête de célébrité assez désespérante, il appartient à cette nouvelle génération qui veut réussir tout de suite, qui n’a plus de limite. Au risque de perdre le contrôle sur son image ». Pour Closer en revanche, « c’est une opération gagnante ».

Lien original de l’article : ici

Philippe Moreau Chevrolet, Président de MCBG Conseil

 


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