Quand LaREM communique dans les magazines people …

  • Rédigé par Elisa Centis
  • le 24/08/2018
  • dans Le Figaro.fr

LE SCAN POLITIQUE – Les membres de La République en marche étaient bien présents cet été dans les magazines people. Si pour certains observateurs cette représentation médiatique sert leur manque de notoriété, d’autres y voient une stratégie de contournement pour faire oublier l’affaire Benalla.

C’est une vieille méthode. «C’est la stratégie Paris Match», s’amuse Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique et président de MCBG conseil. Pour occuper le terrain pendant les vacances et tisser un lien avec les Français, les élus La République en marche (LaREM) s’affichent sur papier glacé, multipliant les anecdotes sur leurs lectures, leurs séries préférées ou encore les bons petits plats concoctés en famille. Les fidèles lecteurs de Paris Match ont, par exemple, pu apprendre le goût du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, pour le «rock à l’ancienne». Le transfuge du Parti socialiste apprécie à l’occasion un petit footing en écoutant «Nirvana, The Doors, Kavinsky ou Polnareff».

Le célèbre magazine people a également offert de la visibilité à d’autres membres de LaREM. Dans son «interview de l’été», sont également intervenus, Amélie de Montchalin et Gabriel Attal, tous deux députés de la majorité. Françoise Nyssen, ministre de la Culture a, quant à elle, eu son article dans Gala . Des sorties médiatiques de circonstance. «Ils s’adressent à leur cible. Pendant les congés, les gens sont d’autant plus friands de ce genre de presse», souligne Jacky Isabello, spécialiste de la communication politique et cofondateur de l’agence CorioLink.

 

Des séries et des livres, plutôt que Benalla

Toutefois pour Philippe Moreau Chevrolet, l’ambition promotionnelle n’explique pas tout. Selon lui, toute la séquence est extrêmement calculée et répond à un impératif politique: «faire oublier l’affaire Benalla». «Le caractère collectif, synchronisé, est le signe d’une communication de médicament. On n’est pas dans des démarches individuelles, comme on peut le voir habituellement. Là tout le monde s’exprime au même moment et sur les mêmes sujets», affirme-t-il. Et de marteler: «C’est nécessairement concerté. Ce n’est pas un hasard, si Richard Ferrand se met en scène sur Twitter, en lisant l’interview d’Aurore Bergé». Dans cet entretien, publié dans Closer le 17 août, la députée a pu plaider l’innocence du gouvernement dans l’affaire Benalla: «La faute commise par une personne de 26 ans ne peut pas nous condamner collectivement!». L’article s’est, cependant, essentiellement concentré sur la place des femmes en politique, ou encore, sur les préférences télévisuelles de la porte-parole du groupe LaREM. Celle-ci a confié regarder «de temps à autre», le feuilleton «Plus belle la vie».

«Ils souhaitent faire en sorte qu’à la rentrée ils aient une meilleure image, afin de mieux faire passer les réformes», soutient Philippe Moreau Chevrolet. Une analyse que réfute vertement Aurore Bergé: «On ne s’est pas parlé pour se coordonner. D’autant plus que Paris Match et Closer ont été calés bien en amont de l’affaire Benalla». L’ex soutien d’Alain Juppé et de François Fillon a également participé à la série «Bêtes de pouvoir» dans Paris Match avec ses chats. La députée des Yvelines tient également à préciser que l’interview pour Closer avait été réalisée avant. Puis, «au regard de l’ampleur médiatique sur le sujet, la journaliste m’a rappelée pour me poser deux questions», ajoute-t-elle.

Lutter contre l’anonymat

La députée des Yvelines peut bénéficier du soutien d’autres observateurs, qui mettent de côté l’affaire Benalla. Selon Jacky Isabello, l’importante communication des élus LaREM dans les magazines people se résume surtout à un désir de sortir de l’anonymat. «Jusqu’à présent, les Français ont uniquement tissé une relation affective avec Emmanuel Macron. Cet aspect manque avec les ministres et les députés», estime-t-il. Depuis le début de la mandature, ils s’exprimaient peu, «plus par manque d’expérience que par volonté de verrouiller la communication», indique-t-il.

Cette absence de lien entre les Français et la marque «La République en marche», pourrait leur être préjudiciable, selon le communicant. «Lors des élections européennes, les citoyens devront voter pour une étiquette et non le visage d’Emmanuel Macron», prévient-il. Conscients que l’anonymat pourrait leur coûter cher dans les urnes, les membres de LaREM se mobiliseraient donc pour y remédier.


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