RÉFORMES, POPULARITÉ, MOUVEMENTS SOCIAUX… LE BILAN ANNUEL DE MACRON DÉCRYPTÉ PAR DES POLITOLOGUES -PHILIPPE MOREAU CHEVROLET POUR CNEWS.FR

  • Rédigé par CNEWS
  • le 03/05/2018
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Comment analyser l’évolution du discours d’Emmanuel Macron depuis son élection ?

Emmanuel Macron a commencé par décréter que sa communication était jupitérienne, c’est-à-dire qu’elle serait plus rare et prendrait de la hauteur par rapport à ses prédécesseurs. Cette rareté s’est observée jusqu’en septembre : elle s’est traduit par une chute rapide dans les sondages. Mais dès l’automne, il y a eu un virage à 180 degrés : le président s’est mis à commenter en permanence son action, au point d’apparaître aujourd’hui comme le seul vrai porte-parole de l’exécutif. On est passé, sous la pression de l’opinion publique, de la rareté de la parole à l’hyper-présidence. Une stratégie payante, car les sondages de popularité sont remontés dans la foulée. C’est le paradoxe des sondages actuels : la politique du président est critiquée, mais sa popularité est préservée.

Comment peut-on qualifier sa forme de communication ?

Depuis cet automne, la communication du président est sarkozyste, omniprésente. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs dit [en juin 2017, ndlr] que «Macron, c’est moi en mieux». En effet, Macron reprend ce prisme du président sauveur du monde, partout conquérant, leader sur la scène internationale. Il intervient en permanence dans le débat. Mais au quotidien, la communication de Macron ressemble à celle de Barack Obama, qui avait été un des premiers à utiliser les canaux numériques des réseaux sociaux, afin d’avoir une prise directe avec la population. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable pour un chef d’Etat.

Macron fait désormais les deux : répondre aux questions des journalistes traditionnels et promouvoir son action sur Facebook et Twitter. En ce sens, la communication de Macron s’est déverrouillée au fil de l’année. Il prend davantage de risques, apparaît moins complexé. Les deux seuls axes de sa communication sont : d’une part, «je fais ce que j’ai dit», et d’autre part, «je suis autoritaire» – dans le sens cohérent et ferme. C’est une stratégie efficace en réaction à François Hollande, qui donnait l’impression de faire le contraire de ses promesses et apparaissait comme faible, et qui lui-même se définissait en réaction à la présidence de Nicolas Sarkozy. Le principal défi de Macron, c’est de trouver son identité propre.

Quel était l’objectif de son récent marathon médiatique face à Pernaut, Bourdin et Plenel ?

Chez Pernaut, le but était de tendre la main aux retraités, de les «remercier» – comme il l’a déclaré – pour les efforts qu’ils devront faire [à cause de la hausse de la CSG, ndlr]. Il a voulu reconquérir le cœur d’un électorat qu’il était en train de perdre. En se confrontant à Bourdin et Plenel, il a au contraire voulu parler aux élites et aux CSP+, notamment à tous ceux qui avaient été choqués, à gauche surtout, par son discours sur la laïcité. Finalement, ces entretiens étaient des interviews-médicaments, qui l’ont aidé à effacer les nombreuses gaffes qu’il avait commises. Selon moi, Macron est un nouveau Donald Reagan, la nouvelle Margaret Thatcher : c’est un ultra-libéral qui a compris que, si ses mesures ne sont pas populaires, lui peut quand même l’être. La presse anglo-saxonne l’appelle d’ailleurs «L’homme de fer».

 


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