Un an à l’Elysée : le style Macron en cinq séquences

  • Rédigé par Romain David
  • le 07/05/2018
  • dans Europe 1

 

Lundi marque le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Retour sur cinq temps forts de ce début de présidence.

 

Première bougie. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron remportait la plus improbable des élections présidentielles. « Les cinq ans qui viennent seront éminemment atypiques », avait annoncé sur Europe 1 le candidat de 39 ans, quelques jours seulement avant le second tour. Un an plus tard, le locataire de l’Elysée, qui déclarait vouloir être un « président jupitérien », a-t-il imprimé sa marque ? Europe 1 décrypte cinq séquences de cette première année de quinquennat, qui ont façonné le style de la présidence Macron.

 

Sur les Champs-Elysées : une vision « verticale » du pouvoir présidentiel

 

Le 14 mai 2017, à peine investi, Emmanuel Macron enfile son costume de chef des armées, et choisit de remonter l’avenue des Champs-Elysées, pour le traditionnel hommage au soldat inconnu, à bord d’un « command car », ou plus précisément un VLRA, un véhicule de liaison, de reconnaissance et d’appui. L’image du nouveau président de la République, flanqué des motards de la gendarmerie et des cavaliers de la Garde républicaine, est d’autant plus marquante que jamais encore un chef de l’Etat n’avait utilisé de voiture militaire pour ce passage obligé de la journée d’investiture. « Avec cette mise en scène très gaullienne, il répond à la question que les Français avaient pu se poser pendant la campagne : a-t-il, en dépit de son âge et de son manque d’expérience, les épaules pour devenir président de la République ? », décrypte auprès d’Europe 1 Philippe Moreau-Chevrolet, communicant et président de MCBG Conseil. « Il annonce également sa conception verticale de l’autorité présidentielle ».

Une autorité qui s’exprime quelques semaines plus tard, à l’égard du chef d’Etat-Major des Armées, Pierre de Villiers, qui avait critiqué en audition parlementaire, et dans un langage fleuri, les coupes pratiquées dans le budget de la Défense. La remontrance publique d’Emmanuel Macron – « je suis votre chef » -, pousse le militaire à la démission, le 19 juillet. Les commentateurs dénoncent alors la tentation autoritariste du chef de l’Etat. « Il s’agit d’une erreur de débutant, Emmanuel Macron a voulu utiliser l’image de l’armée pour sa com’, et a délaissé le respect dû aux militaires », relève Philippe Moreau-Chevrolet, pour qui cette séquence trahit également le peu d’intérêt du président pour la conciliation. « Qu’il s’agisse de l’Etat-Major ou des syndicats, Emmanuel Macron a beaucoup de mal avec les corps intermédiaires. Élu au suffrage universel, il résonne selon une logique plébiscitaire en estimant qu’il n’a de comptes à rendre qu’aux Français ».

 

Avec Trump, le rapport de force (et de séduction)

 

Nombreux sont les dirigeants politiques à avoir fait les frais de la poigne d’acier, dit-on, du Commander in Chief. On se souvient du soupir de soulagement de Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, lorsque le locataire de la Maison Blanche lui a enfin lâché les phalanges, au terme d’une interminable poignée de main. « Donald Trump se servait alors de ça comme d’un outil pour imposer son ascendant sur les autres dirigeants », explique Philippe Moreau-Chevrolet. Autant dire que le premier tête-à-tête entre le président américain et son homologue français, à l’occasion d’un déplacement bruxellois le 25 mai, a été particulièrement scruté. « Comme une sorte d’épreuve initiatique, pour savoir si Emmanuel Macron était digne de faire partie des grands de ce monde », résume notre communiquant. Un passage remporté haut la main, du moins à en croire la presse anglo-saxonne, le New York Times et le Telegraph évoquant une poignée à « faire blanchir les jointures des doigts ».

Depuis, c’est un rapport de séduction qu’Emmanuel Macron a mis en place avec son homologue américain, lui déroulant le tapis rouge pour sa visite parisienne, en marge du 14 juillet. Fin avril, le président a été reçu avec les mêmes honneurs à Washington, affichant une proximité qu’il semble être le seul dirigeant à pouvoir entretenir avec Donald Trump. « Pourtant, le rapport de force est toujours là », relève Philippe Moreau-Chevrolet. « Quand Donald Trump époussette la veste d’Emmanuel Macron, c’est assez humiliant ».

 

#MakeOurPlanetGreatAgain : l’as de la com’

 

Un tweet, et un buzz mondial. Le 1er juin Emmanuel Macron répond à Donald Trump qui vient d’annoncer le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. « Make our planet great again », enjoint le président de la République dans une allocution immédiatement relayée sur Twitter. Le Français détourne ainsi le slogan de campagne de l’Américain, « Make America great again », à la fois pour fustiger son retrait et pour appeler à un sursaut global face au réchauffement planétaire. Un vrai succès : son message est devenu le tweet français le plus partagé en 2017, avec 236.000 retweets. « Un éclair de génie », salue Philippe Moreau-Chevrolet qui évoque « une communication par mème » : l’Elysée détourne une référence connue de chacun, précisément pour en moquer l’auteur. « C’est aussi le signe d’une communication pensée de manière globale. Le président ne s’adresse plus seulement aux Français, mais soigne aussi sont image internationale. Jamais sous les présidences précédentes l’Elysée n’avait osé communiquer en anglais ».

 

Au Salon de l’Agriculture : un coup de menton face aux contradicteurs

 

C’est peut-être l’échange le plus tendu de cette première année de quinquennat. Souvent interpellé lors de ses déplacements – par la femme d’Yvan Colonna en Corse sur le transfert du prisonnier, ou par des retraités à Tours quant à la hausse de la CSG -, le chef de l’Etat affiche un goût certain pour la confrontation. Mais il n’a pas caché son agacement lors d’un échange plutôt musclé avec deux agriculteurs, pendant l’inauguration du Salon de l’Agriculture le 24 février. Sifflé à plusieurs reprises lors de son parcours, Emmanuel Macron finit par interrompre sa déambulation pour prendre à parti deux de ses contempteurs, inquiets notamment des conséquences de l’interdiction du glyphosate sur leur activité. Et alors que l’un d’eux lui demande de se calmer, il rétorque sèchement : « Vous m’avez sifflé dans le dos. Le calme, ça n’est pas à vous de le donner. Vous me donnez des leçons, mais on est tous chez nous. Ça s’appelle la France, et c’est une République ». La séquence se conclut toutefois sur une note plus légère : « Je sais que c’est votre vie. Je vous engueule parce que vous me sifflez… mais après on s’explique », déclare alors le président.

Pour Philippe Moreau-Chevrolet, ce moment trahit une « vraie nervosité » de la part du chef de l’Etat lorsqu’il doit faire face à la contradiction. « Il peut alors se montrer très cassant, sans toutefois devenir insultant ». Le désastreux « Casse-toi pauv’con » de Nicolas Sarkozy a marqué d’une pierre noire la longue histoire des visites présidentielles au Salon de l’Agriculture. Dans le cas d’Emmanuel Macron, ses talents de débatteur lui ont, à chaque fois, permis de sortir victorieux de ce type de séquence. « Son manque apparent d’empathie peut toutefois se retourner contre lui s’il perd la faveur des sondages », avertit notre spécialiste.

 

L’hommage « romanesque » à Arnaud Beltrame

 

Le 28 mars, la France s’incline devant le courage d’Arnaud Beltrame, mort après avoir pris la place d’un otage  pendant l’attaque terroriste d’un supermarché de Trèbes. Prononçant depuis les Invalides l’éloge funèbre du gendarme, Emmanuel Macron salue « un héros », qui entraîne « la Nation à sa suite » pour résister à la menace djihadiste. Il convoque notamment de nombreuses figures de l’histoire de France, de Jeanne d’Arc à Jean Moulin, autour du thème de la résistance.

« Le motif du ‘héros’ est habituellement décliné dans les discours populistes », relève Thierry Moreau-Chevrolet. Le président s’applique dans ce type d’exercice à « dramatiser l’histoire », analyse-t-il. Rien d’étonnant, finalement, de la part d’Emmanuel Macron qui concède dans son entretien à la Nouvelle Revue Française : « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Mais pour le politologue, le chef de l’Etat joue aussi des assimilations, et « se pose implicitement comme le héros qui va freiner le déclin national ». Une posture qui illustre, selon lui, « le versant populiste » du locataire de l’Elysée.


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