Voyage à Berlin : « C’est le Fouquet’s de Valls » – Interview de Philippe Moreau Chevrolet pour Public Sénat 1

  • Rédigé par Natacha Gorwitz
  • le 11/06/2015
  • dans Public Sénat

Face à l’ampleur de la polémique, Manuel Valls a annoncé jeudi qu’il prendrait en charge le coût de la présence de ses deux enfants dans l’avion d’Etat qui l’a emmené à Berlin pour la finale de la Ligue des Champions. 2500 euros, c’est le tarif moyen d’un vol commercial Paris-Poitiers, Poitiers – Berlin, Berlin – Poitiers, explique le Premier ministre.

Deux jours après cette nouvelle révélation sur la présence de ses deux fils à bord du Falcon de la République, Manuel Valls reconnaît que « si c’était à refaire, [il] ne le referait pas », mais seulement du bout des lèvres. Ça « n’a pas coûté un euro supplémentaire », martèle le Premier ministre. Un message qui risque d’être peu audible quand les trois quart des Français se disent « choqués », d’après un sondage Elabe pour BFMTV publié hier.

Pour le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet, cette escapade berlinoise au beau milieu du Congrès du parti socialiste aux frais de la République, « c’est le Fouquet’s de Valls ». Entretien.

Depuis le départ, Manuel Valls se cramponne à la version du « déplacement officiel », n’est-ce pas une erreur ? Puisque personne n’y croit…
C’est une faute de communication. Au départ, il essaie de passer en force, en disant ‘Circuler il n’y a rien à voir ! Ce n’est pas vos affaires !’. Après, il divulgue une explication fausse – la version du déplacement officiel. Puis il entraîne tous ses soutiens dans le mensonge. C’est une vraie erreur. Au lieu de s’éteindre, la polémique dure. Or, plus ça dure, plus vous êtes attaqué. Ça laisse le temps à la presse de sortir des éléments nouveaux petit à petit, de faire un sondage et d’installer ce thème dans l’opinion. C’est un cas d’école, il n’aurait pas pu faire pire.
S’il l’avait dit tout de suite – ‘Je suis fan du Barça’, il n’y aurait pas eu de polémique. Il aurait aussi pu aller plus loin que la jurisprudence Sarkozy de 2011 en remboursant l’intégralité des billets de ses enfants et les siens. Là, il s’est excusé du bout des lèvres et n’a pas l’air d’être convaincu. Ça montre la déconnexion de l’Elysée et de Matignon avec le réel. Au bout d’un moment, on ne se rend plus compte et on n’écoute plus. Des gens lui avaient dit de ne pas faire ce voyage, se doutant que cela puisse choquer. Lui se dit ‘je le fais quand même parce et j’essaierai de passer entre les gouttes’. Il a fait du Sarkozy. C’est pécher par orgueil monarchique. C’est penser que sa personne est au-dessus de la morale publique.

Est-ce que ça risque de lui coller à la peau ?
Ça va laisser des traces. Manuel Valls s’était le chevalier Blanc de la République, le procureur qui montrait du doigt les mauvais républicains. Depuis le début, Manuel Valls n’a jamais été réellement en difficulté. Or, dans cette affaire, on découvre un Valls bling-bling. C’est le Fouquet’s de Valls. Ça donne l’impression qu’il est comme tous les autres. Il faut se mettre à la place du Français moyen à qui il explique que les temps sont graves, les caisses vides et qu’il faut se serrer la ceinture. Cette affaire va le poursuivre. Si c’est la seule affaire ce n’est pas grave. Mais, c’est un avertissement, un rappel à l’ordre.

C’est un coup porté à la République exemplaire de François Hollande, quelles peuvent être les conséquences pour la suite ?
Ca donne une image terrible du milieu politique. Cela s’inscrit dans un contexte de défiance à l’égard de la classe politique, de la de transparence. C’est celui de l’affaire Cahuzac de l’affaire Thevenoud qui a entaché ce quinquennat. C’est la fin de la République exemplaire, le projet de départ de François Hollande. Mais c’est toute la classe politique qui prend un coup.

Lien original de l’article : ici


Copyright 2018 - MCBG Conseil