« Bilan des trois ans à l’Elysée : Hollande à l’assaut de la gauche branchée » – Philippe Moreau Chevrolet dans Le Parisien

  • Rédigé par Éric Hacquemand
  • le 19/04/2015
  • dans Le Parisien

En choisissant Canal + pour ses trois ans à l’Elysée, le chef de l’Etat veut s’adresser aux jeunes bobos. Une posture volontairement divertissante pour cacher l’absence de grands projets ?

 

Les Bobos plutôt que les prolos. A l’approche du troisième anniversaire de son arrivée à l’Elysée, le 6 mai 2012, François Hollande a choisi de s’exprimer aujourd’hui à midi sur Canal + dans le cadre d’une édition spéciale du « Supplément », animée par Maïtena Biraben. Une occasion pour le chef de l’Etat d’adresser quelques clins d’œil au cœur de son électorat, la classe moyenne des grandes villes, sur fond d’impopularité.

Jamais Canal + n’avait reçu le président en plateau et en direct. Et c’est la première fois que le chef de l’Etat se frotte au style de l’« infotainment » audiovisuel : un mélange d’information et de divertissement. Pendant deux heures, Hollande alternera entre interview, reportages, entretien avec cinq lycéens de Thiais (Val-de-Marne) et chroniques « décalées », comme son look passé au crible. De quoi attirer un public, certes modeste (945 000 téléspectateurs en moyenne pour l’émission), mais ciblé : les 25-40 ans. « C’est une émission qui lui permet de toucher la gauche Canal + : les bobos et cette élite de gauche des villes qui constitue son socle électoral », explique Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication et président du cabinet de conseil MCBG. En clair, sourit un proche du chef de l’Etat, « c’est pour le jeune couple qui vient de rentrer du marché bio ». « Du bobo parigot qui évite Nagui sur France 2… » ironise un cadre socialiste. Et qui peut fulminer après deux ans de hausse des impôts, s’inquiéter de la progression constante du Front national ou se mobiliser lorsque « Charlie Hebdo » est attaqué en janvier. D’ailleurs, deux longs passages de l’émission seront consacrés au Front national et à la lutte contre le terrorisme afin d’entretenir « l’esprit du 11 janvier ».

Il y a quelques jours, dans « Conversation secrète » de Michel Denisot, le Premier ministre, Manuel Valls, s’adressait déjà au public Canal. Avant lui, François Hollande accordait une interview au nouveau magazine « Society » à destination de lecteurs branchés. Une offensive bobo totalement assumée par le chef de l’Etat. RMC en mai 2014, une émission grand public sur TF 1 en novembre dernier et enfin France Inter le 2 janvier : « Il faut des émissions avec des ampleurs et des rayonnements différents », confie Hollande qui n’hésite donc pas, entre deux conférences de presse routinières à l’Elysée, à « casser les codes ». A la façon d’un François Mitterrand qui, en 1985 sur TF 1, se posait en président « câblé » face à Yves Mourousi qui lui demandait s’il était « chébran »… Sauf que le pari de l’« infotainment » est risqué. « Cette émission est très décalée, relève Philippe Moreau Chevrolet. Les Français peuvent trouver étonnant que pour un troisième anniversaire le président n’ait pas choisi un exercice plus sérieux et solennel. » Mais voilà : difficile d’aller sur le plateau d’un JT et de faire le choix de l’audience de masse pour répéter, encore et toujours, que « les résultats vont venir ».

« Les choix ont été faits, les annonces économiques majeures également », confie d’ailleurs Hollande. Néanmoins, hier soir, il travaillait sur l’idée d’augmenter la prime de 1 000 € versée aux entreprises qui recrutent un apprenti alors même que, selon un sondage BVA pour i>télé paru hier, 94 % des Français souhaitent que le chef de l’Etat avance des mesures pour faire baisser le chômage, et 91 %, des mesures pour relancer la croissance.

 

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