Macron

Emmanuel Macron est-il si différent ? – Philippe Moreau Chevrolet pour France TV Info logo-francetv-info

  • Rédigé par Simon Prigent
  • le 19/04/2016
  • dans France TV Info

Depuis sa nomination au ministère de l’Economie, Emmanuel Macron suscite à la fois fascination, admiration et agacement, dans sa famille politique comme à droite. Mais celui qui prétend incarner le renouveau en politique est-il si différent des autres ?

« Electron libre », « homme du renouveau », « ambitieux », « centré sur sa personne », « agaçant »… Quand il s’agit de parler d’Emmanuel Macron, les politiques et les éditorialistes ne manquent pas de qualificatifs. Depuis sa nomination à Bercy en 2014, le ministre de l’Economie, qui agace à gauche et ne déplaît pas à droite, tente de se démarquer de la concurrence, en se plaçant au-dessus des clivages. Un positionnement qu’il compte défendre en lançant, il y a quelques jours, son propre mouvement, intitulé « En marche ». Mais Emmanuel Macron est-il si différent des autres ?

Non, comme beaucoup, il a fait Sciences Po et l’ENA

Elevé chez les jésuites, ce fils d’un neurochirurgien et d’une médecin-pédiatre poursuit sa scolarité dans le privé plutôt que dans le public, et fréquente des familles bourgeoises.

Elève brillant, il quitte Amiens pour Paris et rejoint le prestigieux lycée Henri IV, où il obtient – à 16 ans et avec une mention très bien – son baccalauréat scientifique, puis suit une filière hypokhâgne et khâgne. Après un DEA de philo, il entre à Science Po Paris puis à l’ENA, d’où il sort cinquième de promotion. Au sein de la classe politique, le parcours scolaire d’Emmanuel Macron n’est pas franchement original.

Oui, il fait de la politique depuis seulement cinq ans

Emmanuel Macron se distingue davantage par son parcours politique. Durant ses études, le futur ministre préfère « faire du théâtre à Sciences Po », et « donner des cours de culture générale alors qu’il étudie à l’ENA », plutôt que s’engager avec force dans un syndicat étudiant ou dans un parti politique, raconte François-Xavier Bourmaud, journaliste au Figaro et auteur de Emmanuel Macron, le banquier qui voulait être roi (éd. L’Archipel).

Propriétaire avec sa femme d’une maison au Touquet, station balnéaire huppée du Pas-de-Calais, Emmanuel Macron se rapproche malgré tout en 2005-2006 de la section PS d’Etaples, petit port de pêche voisin. « Mais il n’a jamais milité au sens propre du terme, ni participé à la moindre réunion de section », assurait en 2014 un responsable local du parti, dans un portrait que francetv info lui consacrait.

Sa première activité politique n’intervient qu’en 2007. Alors qu’il a rejoint l’inspection générale des finances (IGF) à sa sortie de l’ENA, Emmanuel Macron est nommé rapporteur adjoint de la commission Attali, pour la libération de la croissance française, sous le patronage de Nicolas Sarkozy.

Peu à peu, celui qui a rejoint le privé en tant que banquier d’affaires chez Rothschild se forge une expérience en entreprise, et étoffe son carnet d’adresses. Et finit par taper dans l’œil d’un certain François Hollande, durant la campagne de 2012. Après la victoire du candidat socialiste, Emmanuel Macron, nommé secrétaire général de l’Elysée, commence réellement sa carrière politique. Il n’a alors que 34 ans.

C’est cette très courte expérience politique – il n’a d’ailleurs jamais été élu – qui fait dire au journaliste Robert Namias qu’Emmanuel Macron est « le seul vrai nouveau du paysage politique« . Bruno Le Maire, qui prétend incarner le renouveau, « ça fait vingt ans qu’il est dans le paysage politique », s’étrangle-t-il sur Europe 1. « Et je ne parle pas des autres ! » Arnaud Montebourg ? A 53 ans, il a déjà passé quinze ans à l’Assemblée. Nathalie Kosciusko-Morizet ? Si elle n’a que 42 ans, elle a été élue députée dès 2002. Laurent Wauquiez ? A 41 ans, il a rejoint l’Assemblée dès 2004, a été ministre, maire, est maintenant président de conseil régional, et occupe la scène politique nationale depuis une dizaine d’années.

Oui, à gauche, ses idées détonnent

A gauche, Emmanuel Macron se détache aussi sur le plan politique. Depuis sa nomination, le ministre de l’Economie n’a pas cessé de multiplier les déclarations en faveur de l’entreprise et des marchés, ou n’a pas hésité à fustiger les 35 heures devant un parterre de patrons du Medef. Et ces derniers apprécient. Pierre Gattaz juge « rafraîchissante » la création de son mouvement En marche.

« L’idéal libéral d’Emmanuel Macron rappelle celui du Premier ministre anglais Tony Blair. Son positionnement politique évoque aussi Michel Rocard et la deuxième gauche », analyse le chercheur Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique. Un positionnement que peu de figures, aujourd’hui, incarnent au sein du Parti socialiste, sinon Manuel Valls (qui avait obtenu à la primaire socialiste de 2011 moins de 6% des voix).

Non, il n’est pas le premier à appeler à dépasser le clivage « gauche-droite »

“Les Français détestent l’opposition stérile droite-gauche », souligne Arnaud Mercier. Et ça, Emmanuel Macron l’a bien compris. Par ses prises de position, le ministre de l’Economie, qui n’est d’ailleurs pas encarté dans un parti, veut se placer au-dessus des clivages politiques. « Les clivages sont devenus obsolètes à beaucoup d’égard. (…) Ce clivage droite-gauche aujourd’hui nous empêche à beaucoup d’égards », justifie-t-il.

Une stratégie qui rappelle forcément le positionnement du centriste François Bayrou, qui a toujours appelé à « dépasser les clivages ». Ou à la brève tentative solitaire, entre 2010 et 2012, de Dominique de Villepin, qui avait lui aussi appelé, avec son mouvement République solidaire, à « dépasser les clivages politiques pour apporter les réponses ».

Reste que jusqu’à présent, « les positions centristes ou centrales ont toujours échoué dans la vie politique française », souligne dans Le Monde le politologue Rémi Lefebvre. Mais Emmanuel Macron, ajoute-t-il, « a un atout : il vient de la gauche et plaît à la droite »« Les Républicains et le PS sont en compétition pour savoir qui affrontera Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017Aujourd’hui, le délitement de l’échiquier politique joue en faveur d’une candidature rassemblant la droite, gauche et le centre,acquiesce Alexis Massart. Le contexte est plus favorable qu’en 2007. »

Non, son mouvement en rappelle d’autres

ll y a deux semaines, Emmanuel Macron a donc lancé En marche. Laboratoire à idées ou rassemblement citoyen, son mouvement dit avoir pour ambition de casser les clivages traditionnels, en réunissant des personnes de tous horizons, pour bâtir un projet commun. Une initiative, là encore, pas vraiment nouvelle, selon l’historien Jean Garrigues, professeur à Sciences Po : « Les idées de démocratie participative, d’utilisation des réseaux sociaux, etc, sont très à la mode dans tous les partis ».

L’initiative n’est d’ailleurs pas sans rappeler Désirs d’avenir, souligne le journaliste Eric Haquemand dans Le Parisien. Fondée en 2005 autour de Ségolène Royal, l’association avait à l’époque pour but de soutenir son action politique en dehors du PS. Selon le Huffington Post, En marchebénéficierait d’ailleurs des réseaux du mouvement qui avait permis à l’actuelle ministre de l’Ecologie de remporter la primaire socialiste pour la présidentielle de 2007.

Mais à vouloir se construire en dehors du PS, Emmanuel Macron s’exposerait à un risque selon l’historien du PS, Denis Lefebvre, interrogé par francetv info : « On ne vit pas à côté de sa famille politique. Celui qui s’en va ne gagne jamais, regardez ce qui est arrivé à Chevènement ou à Mélenchon… »

Non, il communique déjà comme les vieux briscards

A 36 ans, Emmanuel Macron est devenu, avec Najat Vallaud Belkacem, le plus jeune ministre du gouvernement formé en août 2014. Aujourd’hui, il veut sortir de la mêlée et ringardiser ses potentiels rivaux. Et compte pour cela soigner une image d’homme politique moderne.

Il a pourtant surpris son monde en s’affichant en couverture de Paris Match, le 14 avril, en compagnie de sa femme Brigitte. Et en accordant à l’hebdomadaire un long portrait ponctué de photos intimes. Une mise en scène de sa vie « très classique », juge le communicant Philippe Moreau-Chevrolet dans Le Figaro, et qui « contraste avec l’image de proximité qu’il veut se donner », ajoute l’historien Jean Garrigues à francetv info.

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