L’aller retour à Berlin de Valls – Philippe Moreau Chevrolet pour 20 Minutes 20 minutes

  • Rédigé par Philippe Moreau Chevrolet
  • le 09/06/2015
  • dans 20 Minutes

L’aller-retour de Manuel Valls à Berlin en Falcon avec deux de ses enfants pour assister à la finale de la Ligue des Champions pourrait lui coûter cher. Philippe Moreau-Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication pour les dirigeants MCBG, estime que cette affaire écorne l’image du Premier ministre et pourrait l’affaiblir politiquement.

Jusqu’à quel point l’image de Manuel Valls peut-elle être altérée par cette polémique ?
C’est une affaire grave pour son image parce qu’il a menti et a obligé François Hollande à intervenir pour le défendre. Au départ, l’enjeu est dérisoire : il s’agit d’assister à un match en famille. Le problème, c’est qu’il a utilisé le Falcon pour y aller, pour un coût estimé à 18.000 euros.
Au lieu de le dire dès le début et de payer sa quote-part des frais engagés, comme le veut l’usage depuis 2011 pour les déplacements privés de ministres avec les moyens de l’Etat, Manuel Valls est parti dans des explications abracadabrantesques. C’est son premier vrai problème de communication.
Cette erreur rappelle la période Sarkozy. L’impression qui est renvoyée c’est « on jouit du pouvoir. Je fais un peu de politique en allant au Congrès du PS à Poitiers, puis je vais à Berlin pour voir un match de foot, puis un peu de politique en revenant à Poitiers, avant de finir par Roland Garros ». Il passe pour un dilettante conjuguant le luxe, le bon plaisir et le pouvoir. Or le rapport à l’argent, au plaisir, la jouissance et la jet-set, pour un gouvernement de gauche, c’est un talon d’Achille.
C’est d’autant plus grave que Valls a une image très proche de celle de Sarkozy : une figure très autoritaire, bonapartiste, qui voudrait incarner la République.

Comment jugez-vous sa défense [il a dit avoir une rencontre avec les dirigeants de l’UEFA au sujet de l’Euro 2016 organisé en France] ?
Je pense que le Premier ministre est authentiquement embarrassé, et qu’il a été saisi d’un mouvement de panique. Il a avancé plusieurs versions et explications, dont aucune n’est convaincante. D’autant qu’on sait que Manuel Valls est fan du Barça.
L’important dans ces cas-là c’est d’assumer et d’être transparent. Or il a tenté de le cacher en mentant. Cette erreur à la base est difficile à rattraper. Aujourd’hui, quand on ment, on prend un risque majeur.
Le mensonge de Valls rappelle une série d’autres – ceux de Thévenoud et Cahuzac entre autres. L’effet produit est d’autant plus grave qu’il avait une image de chevalier blanc. Les révélations successives, qui s’étalent sur plusieurs jours, enfoncent le clou.

Comment peut-il s’en sortir ?
En reconnaissant la vérité, en disant ce qu’il s’est passé, en payant sa quote-part du voyage et en désignant, le cas échéant, le responsable du mensonge initial. Il faut qu’il dise qu’il regrette, qu’il en tire les conséquences et qu’il passe à autre chose.
Quel impact politique cette affaire peut-elle avoir ?
Cela peut laisser des traces auprès de l’électorat populaire, notamment. Les gens peuvent se dire que finalement, c’est un politique comme un autre, une sorte de Sarkozy bis. Cette affaire mine son image, enlève une part de son aura et de son intégrité, et abîme ce qu’il a construit.

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