Pourquoi les universités d’été sont un passage obligé de la rentrée politique – Philippe Moreau Chevrolet dans 20 Minutes 20 minutes

  • Rédigé par Thibaut Le Gal
  • le 21/08/2015
  • dans 20 Minutes

Le bal des universités d’été est ouvert. Les écologistes sont réunis depuis jeudi à Lille. Ils seront suivis jusque septembre par l’ensemble des partis. Ces rassemblements de cadres et militants sont devenus un rite obligé de la rentrée politique. A l’origine pourtant, les premières universités ne concernaient que quelques personnes.

 

Des militants passés spectateurs

 

Les universités d’été sont lancées par les jeunes giscardiens en 1975 à Montpellier. Ils seront suivis par les socialistes quelques années plus tard à la Garde Freinet (Var), Risoul (Hautes-Alpes) et Ramatuelle (Var). « Ça n’avait rien à voir avec les universités d’aujourd’hui. Il ne s’agissait pas d’un moment politique fort. C’était un prolongement de l’été, il n’y avait que quelques centaines de militants d’un certain âge », se souvient l’ancien sénateur PS Henri Weber, en charge des universités de La Rochelle pendant dix ans.

L’objectif initial est de mettre à disposition des militants des outils de formation. « Cette manifestation a acquis, par la suite, une plus grande notoriété, en offrant une tribune aux ténors du Parti […] Au fil du temps, le choix des forums et ateliers a répondu à des critères de plus en plus précis en termes de représentativité. Tant et si bien que les militants sont devenus de simples spectateurs, invités à assister à la rentrée de leurs leaders », expliquait en 2011 Gérard Lindeperg, ex-numéro 2 du PS.

Même constat à droite, par Roger Karoutchi dans La Croix. « Je le regrette, les universités d’été sont devenues une démonstration de force pour la rentrée médiatique des ténors politiques ».

 

Nicolas Sarkozy à l’université d’été du RPR en 1999 à Lyon. – FAYOLLE/SIPA

 

« Rituel partisan et jeux d’appareils »

 

« Les universités ont été vidées de leur substance intellectuelle, et remplacées par les think thank qui se sont multipliés », confirme l’historien Jean Garrigues. « Ce qui devait être un forum d’idées nouvelles et d’échanges avec des experts et des intellectuels s’est transformé un grand barnum médiatique, un rituel partisan vampirisé par la surmédiatisation et les jeux d’appareils ».

Pour preuve, chaque courant se réunit avant la grand-messe du parti. « Comme les universités d’été sont devenues un outil de communication pour les dirigeants, ceux qui veulent marquer leur différence, organisent leur propre rassemblement pour montrer qu’ils comptent, que des gens les suivent », remarque Philippe Moreau Chevrolet, fondateur de MCBG Conseil. « La fête de la Rose de Montebourg et la fête de la Violette de Guillaume Peletier et Geoffroy Didier en sont deux très bons exemples ».

Lionel Jospin à l’université d’été du PS en 2004. – HALEY/SIPA

« Un moment de convivialité »

 

Pourtant, les débats de fonds existent, assure Henri Weber. « A côté des assemblées plénières, ces grands shows politiques qui rassemblent 2.000 personnes, il y a aussi des dizaines d’ateliers où des dizaines de militants travaillent sur des sujets précis pendant plusieurs heures et des conférences avec des invités très pointus », poursuit l’ancien sénateur socialiste. « C’est aussi un moment de convivialité et d’échanges. Chacun peut interpeller l’autre, notamment lors des banquets le samedi soir ».

Un instant de contact bienheureux à l’heure de la désaffection des partis. « Cette notion de reconnaissance symbolique envers le militant reste importante mais elle est pervertie par le jeu des petites phrases et des personnalités », corrige Jean Garrigues.

« Ceux qui viennent aux universités d’été sont des militants convaincus. Les rencontres permettent de remobiliser les troupes, faire jouer les réseaux », développe Philippe Moreau Chevrolet. Henri Weber résume. « Ce n’est déjà plus les vacances, mais pas encore la rentrée ».

François Bayrou accueille Michel Rocard à l’université d’été de l’UDF en 2006 – CHAMUSSY/SIPA

 

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Philippe Moreau Chevrolet, Président de MCBG Conseil

 


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