François Hollande

Sondages : « Tout redevient possible pour François Hollande », selon Philippe Moreau-Chevrolet 1

  • Rédigé par François Vignal
  • le 19/01/2015
  • dans Public Sénat

Alors que François Hollande gagne 20 points dans un sondage après les attentats, Philippe Moreau-Chevrolet, communicant, président de MCBG conseil, souligne que le Président « a été servi par les événements » dans « sa carrière ». « Il y a eu l’affaire DSK et là les attentats ». Aujourd’hui, « les cartes sont redistribués ». Entretien.

François Hollande gagne 20 points d’opinion favorable, selon le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, pour se retrouver à 40%. Depuis les attentats, il y avait déjà des sondages qui donnaient +5 points et +10 points au Président. Mais là, c’est énorme…
C’est un Etat de grâce à retardement, deux ans et demi après son élection. On ne lui avait pas laissé le temps de s’installer. Il a reconstitué un capital politique. C’est quelque chose de totalement imprévu. Un premier sondage fait tout de suite après les événements lui donnait +5 points. Là, on a l’impact de la marche. C’est le premier vrai sondage.

La hausse dans les sondages est clairement la conséquence des attentats. François Hollande a souvent jusqu’ici était critiqué pour sa communication. A-t-elle été bien gérée cette fois ?
La hausse est aussi liée au fait qu’il est en campagne depuis mi-novembre. Il était déjà en train de travailler l’opinion, il a fait beaucoup de dîner en ville avec les milieux culturels. Puis viennent en plus des événements historiques. François Hollande est toujours inaudible dans son discours. Sa communication est toujours amateur sur la forme. Quand il parle, l’éclairage est trop fort. Mais là où il fait mieux, c’est qu’il arrive à communiquer par des actes, des symboles, des gestes. Il est tout de suite allé sur les lieux de l’attentat, il a su organiser la marche, s’afficher avec les chefs d’Etat, il a pris Patrick Pelloux dans les bras ce qui a fait l’ouverture du 20 heures. Ce geste était une très bonne communication. Pour le reste, ça ne change pas vraiment. C’est un moment de sa vie politique, qui est capital, mais on attend de voir la suite.

Cette embellie sondagière peut-elle durer ?
Il faut voir combien de temps il va garder ce capital. Il y a une élection législative partielle dans le Doubs le 8  février pour laquelle tout le monde est mobilisé. Ça va être le premier vrai test. François Mitterrand, après la guerre du Golfe, avait bénéficié d’une forte hausse dans les sondages. Ça avait duré environ 6 mois. Pour François Hollande, ça dépend vraiment de ce qu’il fait. C’est à lui de bien gérer ce capital. Les événements ont porté sa popularité mécaniquement. Le point commun avec Mitterrand en 1991, c’est qu’on a un ennemi commun – à l’époque c’était Saddam Hussein – qui est désigné. Et dans ce cas la communauté se met derrière le chef de l’Etat. Mais ça profite plus à Manuel Valls aussi. Celui qui incarne probablement le mieux la réponse autoritaire, reste Manuel Valls, car il est très populaire à droite. François Hollande bénéficie d’un regain de popularité à gauche. C’est la gauche qui constitue le moteur de sa remontée dans les sondages. Ça les remet tous les deux selle.

On a souvent dit que François Hollande avait un problème de présidentialisation. Cette fois, a-t-il occupé à plein ses habits de Président ?
Il s’est présidentialisé avec ces événements. Tout ce qu’il n’a pas réussi à faire en deux ans et demi, il l’a fait en 15 jours. Et il y a cet élément de langage que le PS utilise, celui de la compétence. « On a montré dans cette épreuve qu’on était compétent ». Le premier argument de la droite contre la gauche, c’est « vous n’êtes pas légitime ». Là, il a gagné cette légitimité. C’est important. Avant, aucun sondeur n’aurait parié sur la possibilité d’un come back de François Hollande, autant là, les cartes sont redistribuées. Il est possible qu’il évite une primaire à gauche et il est possible qu’il y ait une victoire en 2017. Tout redevient possible pour François Hollande.

Va-t-il continuer à jouer les pères de la Nation ou va-t-il dilapider ce capital ? La préoccupation centrale des Français demeure l’économie. Ça n’a pas changé. La séquence va se heurter à la réalité. Mais François Hollande a été servi par les événements. C’est d’ailleurs frappant dans sa carrière : personne ne mise sur lui et il se passe un événement. Il y a eu l’affaire DSK et là les attentats. François Hollande a un destin manifestement. Ça agace beaucoup ses adversaires. Ces attentats le remettent en selle comme le père de la Nation alors qu’il était aux oubliettes. On ne peut pas tout prévoir et tout contrôler. Ensuite, il est possible que François Hollande réalise l’utilité de communiquer avec les émotions, les symboles, être vraiment Président, être autoritaire. Tout ce qu’il refusait dans sa communication jusqu’ici, c’est ce qui l’aide aujourd’hui. Il s’est présidentialisé. Cette séquence est une manière de remettre le jeu à plat. Il y a une vraie incertitude, tout le monde a ses chances, y compris Nicolas Sarkozy.

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